Entre 1914 et 1918, la Première Guerre mondiale ne concerne pas seulement les soldats présents sur les champs de bataille. Les populations civiles sont mobilisées pour soutenir l'effort de guerre, travaillent dans les usines, participent au ravitaillement et sont soumises à une intense propagande. Elles sont aussi directement touchées par les bombardements, les occupations, les pénuries et les persécutions. La guerre transforme ainsi profondément les sociétés et devient progressivement une véritable guerre totale.
Les femmes dans la guerre : les "Munitionnettes" britanniques en1917 dans une usine Vickers.
La synthèse audio par Ondes lycéennes
1914-1915 : une guerre qui mobilise toute la société
En 1914, les États organisent une mobilisation générale
Lorsque la guerre éclate en août 1914, les États mobilisent rapidement des millions de soldats. Mais pour faire durer la guerre, il faut aussi mobiliser les ressources économiques et industrielles.
Les usines produisent en priorité des armes, des munitions, des uniformes et du matériel militaire. Les États interviennent de plus en plus dans l'économie pour organiser la production et contrôler les ressources.
La Première Guerre mondiale devient ainsi une guerre industrielle : la puissance militaire dépend largement de la capacité à produire en grande quantité.
Les sciences et les techniques sont également mises au service de la guerre. De nouvelles armes apparaissent ou sont perfectionnées : artillerie lourde, aviation, sous-marins, chars et gaz de combat. Les progrès scientifiques permettent donc de combattre plus efficacement, mais aussi de tuer à une échelle beaucoup plus importante.
Les civils participent directement à l'effort de guerre
La mobilisation concerne également les civils. Les hommes étant nombreux à partir au front, les femmes prennent une place croissante dans l'économie de guerre. Elles travaillent notamment dans les usines d'armement, où elles fabriquent des obus. En France, elles sont parfois surnommées les « munitionnettes ». Les femmes travaillent aussi dans les transports, les services, l'agriculture et les hôpitaux. Marie Curie, par exemple, participe à l'organisation de services de radiologie mobile pour soigner les soldats blessés et faciliter leur prise en charge médicale. La guerre transforme donc temporairement la répartition des rôles dans la société. Toutefois, ces changements ne signifient pas immédiatement une égalité entre les hommes et les femmes.
• La Première Guerre mondiale est une guerre industrielle : la production en masse d'armes et de munitions est essentielle.
• De nouvelles armes apparaissent : chars, gaz de combat, aviation, sous-marins.
• Les femmes remplacent les hommes partis au front dans les usines (« munitionnettes »), les transports, l'agriculture et les hôpitaux.
• Marie Curie organise des services de radiologie mobile pour soigner les blessés.
• La guerre transforme la société, mais sans garantir l'égalité entre hommes et femmes.
1915-1916 : une guerre totale qui pèse de plus en plus sur les civils
Les économies sont entièrement tournées vers la guerre
À mesure que la guerre se prolonge, les besoins des armées augmentent. Les États doivent donc contrôler davantage l'économie. Les gouvernements organisent la production, réquisitionnent certaines ressources et cherchent à financer une guerre devenue extrêmement coûteuse. Ils font notamment appel à l'emprunt et augmentent parfois les impôts. Dans les pays en guerre, les populations civiles doivent accepter des restrictions. Le ravitaillement devient plus difficile et les pénuries touchent notamment les aliments, les vêtements et le charbon. Le blocus économique organisé par les Alliés contre les Empires centraux contribue également aux difficultés de ravitaillement de l'Allemagne et de ses alliés. La guerre devient ainsi une guerre totale : elle mobilise les soldats, mais aussi les économies, les industries, les sciences et les populations civiles.
Les civils deviennent aussi des victimes directes
Les civils ne sont pas seulement mobilisés pour soutenir les soldats. Ils subissent également directement la violence de guerre. Les territoires proches du front sont particulièrement touchés par les combats, les bombardements et les destructions. Des populations sont déplacées et certaines villes sont bombardées. La guerre provoque également des déplacements forcés de populations et des violences contre les civils. C'est dans ce contexte qu'a lieu l'un des crimes de masse les plus importants de la Première Guerre mondiale : le génocide des Arméniens dans l'Empire ottoman.
• La guerre totale mobilise l'ensemble des ressources : soldats, économie, industrie, sciences et populations civiles.
• Les États contrôlent l'économie, réquisitionnent les ressources et font face à des pénuries.
• Le blocus économique des Alliés aggrave les difficultés de ravitaillement des Empires centraux.
• Les civils deviennent des victimes directes de la guerre : bombardements, déplacements forcés.
• Le génocide des Arméniens (1915-1916) est un crime de masse commis par l'Empire ottoman.
1915 : le génocide des Arméniens
Une population déjà victime de persécutions
Les Arméniens constituent une importante population chrétienne de l'Empire ottoman. Depuis la fin du XIXe siècle, ils sont victimes de discriminations et de violences. Entre 1894 et 1896, des massacres font plusieurs dizaines de milliers de victimes arméniennes sous le règne du sultan Abdülhamid II. Lorsque la Première Guerre mondiale commence, les autorités ottomanes accusent une partie des Arméniens de soutenir la Russie, ennemie de l'Empire ottoman.
En 1915, les persécutions deviennent un génocide
À partir du printemps 1915, les autorités ottomanes organisent l'arrestation, la déportation et le massacre de nombreux Arméniens.
Le 24 avril 1915, plusieurs centaines d'intellectuels et de responsables arméniens sont arrêtés à Constantinople. Cette date est souvent considérée comme le début symbolique du génocide.
Les populations arméniennes sont ensuite déportées, notamment vers les régions désertiques de Syrie et de Mésopotamie. Beaucoup meurent pendant les marches forcées, de faim, de maladie ou sous les coups des responsables et des groupes armés.
Entre 1915 et 1916, environ 1 million à 1,5 million d'Arméniens sont tués ou meurent dans les déportations.
femme arménienne agenouillée près de son enfant mort (vers 1916) - Source : Library of Congress
Une violence dénoncée dès 1915
Les violences sont connues à l'étranger. Le 24 mai 1915, la France, le Royaume-Uni et la Russie publient une déclaration commune dénonçant les « crimes contre l'humanité et la civilisation » commis contre les Arméniens. Cette déclaration montre que les violences contre les populations civiles sont désormais considérées comme un problème international. Le génocide des Arméniens constitue ainsi un exemple majeur de la transformation de la guerre en violence de masse contre les civils.
• Les Arméniens de l'Empire ottoman, subissent des persécutions dès la fin du XIXe siècle.
• En 1915, les autorités ottomanes organisent la déportation et le massacre des Arméniens.
• Le 24 avril 1915 est considéré comme le début symbolique du génocide (arrestation des intellectuels arméniens).
• Entre 1915 et 1916, environ 1 à 1,5 million d'Arméniens sont tués.
• La France, le Royaume-Uni et la Russie dénoncent les « crimes contre l'humanité » dès le 24 mai 1915.
• Le génocide des Arméniens est un exemple de violence de masse contre les civils pendant la Première Guerre mondiale.
1917 : la lassitude et les révoltes des sociétés
Quatre années de guerre épuisent les populations
En 1917, la guerre dure depuis près de trois ans. Les populations sont épuisées par les sacrifices, les pénuries et les pertes humaines. Dans les pays belligérants, le mécontentement augmente. Les difficultés de ravitaillement sont particulièrement importantes. En Russie, la pénurie alimentaire et l'épuisement provoquent une crise politique majeure qui aboutit aux révolutions de 1917. Dans les armées elles-mêmes, la lassitude progresse. Dans l'armée française, après l'échec de l'offensive du chemin des Dames, des mutineries éclatent au printemps 1917. Elles ne correspondent pas à un refus général de combattre : les soldats demandent surtout la fin des offensives inutiles et meurtrières.
Les grèves de 1917 montrent le mécontentement des civils
La lassitude touche également les travailleurs. En France, les grèves de 1917 sont nombreuses, notamment dans les secteurs où travaillent beaucoup de femmes. Les ouvrières protestent contre la hausse des prix, les difficultés de ravitaillement et les conditions de travail. Ces mouvements montrent que les civils ne sont pas passifs : ils peuvent agir, protester et contester les décisions des gouvernements. Mais les États continuent à contrôler fortement les sociétés. La censure limite les informations diffusées et la propagande cherche à maintenir le moral de la population et à présenter l'ennemi comme responsable des souffrances.
• En 1917, les sociétés sont épuisées par trois années de guerre (pénuries, pertes humaines).
• Les révolutions russes de 1917 sont la conséquence du mécontentement populaire.
• Dans l'armée française, les mutineries du chemin des Dames (printemps 1917) expriment la lassitude des soldats.
• Les grèves de 1917 en France montrent le mécontentement des civils, notamment des femmes.
• Les États maintiennent le contrôle par la censure et la propagande.
• Ces mouvements montrent que les sociétés en guerre ne sont pas passives.
1918 : la fin de la guerre et un profond bouleversement des sociétés
En 1918, les offensives allemandes puis la contre-offensive des Alliés accélèrent la fin de la guerre. L'Allemagne et ses alliés sont finalement vaincus. Le 11 novembre 1918, l'armistice met fin aux combats sur le front occidental. Mais la guerre a profondément transformé les sociétés européennes.
Un bilan humain et matériel catastrophique
La Première Guerre mondiale a provoqué la mort de millions de soldats et de civils. Des régions entières sont dévastées, notamment dans le nord et l'est de la France. Les économies européennes sont très affaiblies. Les États sont lourdement endettés et les populations ont connu pendant plusieurs années les pénuries et les restrictions. La guerre a donc laissé des sociétés profondément marquées par les morts, les blessés, les mutilés et les traumatismes.
La place des femmes évolue
Pendant la guerre, les femmes ont occupé de nombreux emplois auparavant réservés aux hommes. Elles ont participé à la production industrielle, aux transports, à l'agriculture et aux services. Cette expérience contribue à faire évoluer leur place dans la société. Cependant, après 1918, beaucoup de femmes doivent quitter les emplois occupés pendant la guerre pour laisser la place aux anciens combattants. La guerre ne provoque donc pas immédiatement l'égalité entre les hommes et les femmes, mais elle participe à une évolution durable de leur rôle social et professionnel.
• Le 11 novembre 1918 : l'armistice met fin à la guerre.
• Le bilan humain est catastrophique : millions de morts, blessés et mutilés.
• Les régions du nord et de l'est de la France sont dévastées.
• Les économies européennes sont affaiblies et les États lourdement endettés.
• Les femmes ont occupé des emplois auparavant masculins pendant la guerre, ce qui contribue à l'évolution de leur place dans la société.
• Après 1918, beaucoup de femmes doivent quitter ces emplois, mais la guerre a amorcé un changement durable.
Synthèse chronologique
- 1914 : mobilisation générale et mise en économie de guerre.
- 1915 : mobilisation croissante des civils et début du génocide des Arméniens.
- 1916 : la guerre industrielle et les pénuries pèsent de plus en plus sur les populations.
- 1917 : lassitude, mutineries et grèves.
- 1918 : fin de la guerre, mais des sociétés profondément bouleversées.
Une vidéo d'Ondes lycéennes sur les conséquence de la Grande guerre
En bref
Entre 1914 et 1918, la Première Guerre mondiale devient progressivement une guerre totale.
Les États mobilisent les soldats, mais aussi les économies, les industries, les sciences et les populations civiles.
Les civils participent à l'effort de guerre en travaillant dans les usines, en soutenant les armées et en acceptant les restrictions.
Mais ils sont également des victimes directes de la guerre : bombardements, pénuries, déplacements forcés, violences et génocide des Arméniens.
Enfin, la durée de la guerre provoque une lassitude croissante, visible dans les mutineries et les grèves de 1917.
En 1918, l'Europe sort de la guerre profondément affaiblie et transformée.
Vocabulaire à connaître
Guerre totale : conflit dans lequel les États mobilisent l'ensemble de leurs ressources humaines, économiques, militaires et sociales.
Économie de guerre : organisation de l'économie destinée à répondre prioritairement aux besoins du conflit.
Propagande : ensemble des moyens utilisés pour influencer l'opinion publique et soutenir une cause ou une politique.
Censure : contrôle ou interdiction de certaines informations par une autorité.
Rationnement : limitation réglementée de la quantité de certains produits accessibles à chaque personne.
Mobilisation : mise en œuvre des ressources humaines, économiques et matérielles nécessaires à la conduite de la guerre.
Arrière : ensemble des territoires et populations qui ne combattent pas directement sur le front mais participent à l'effort de guerre.
Génocide : destruction intentionnelle, totale ou partielle, d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux.
Violences de masse : violences exercées à grande échelle contre des populations, notamment les massacres, déportations et persécutions.
Occupation : contrôle militaire d'un territoire par une puissance étrangère.