La France et la construction de nouveaux États par la guerre et la diplomatie (1848-1871)

Entre 1848 et 1871, la France joue un rôle majeur dans la recomposition politique de l’Europe. Sous Napoléon III, elle soutient l’unification italienne avant de se retrouver confrontée à la montée en puissance de la Prusse et à l’unification allemande.
Comment le Second Empire participe-t-il à la recomposition de la carte de l'Europe à travers l'unification de l'Italie et de l'Allemagne, entre ambitions diplomatiques et affrontements militaires ? 


Rencontre entre Garibaldi et Victor-Emmanuel II sur le pont de Teano en 1860 (Peinture de Carlo Ademollo)


La synthèse audio par Ondes lycéennes


Comment le Second Empire participe-t-il à la recomposition de la carte de l'Europe à travers l'unification de l'Italie et de l'Allemagne, entre ambitions diplomatiques et affrontements militaires ?

La France et le principe des nationalités

Après le Congrès de Vienne de 1815, l'Europe est découpée par les grandes monarchies sans tenir compte de l'aspiration des peuples à former des nations unies et indépendantes. En Italie comme en Allemagne, le sentiment national grandit tout au long du XIXᵉ siècle.

Lorsqu'il arrive au pouvoir, Napoléon III souhaite redonner à la France son rang de grande puissance européenne. Pour rompre l'ordre conservateur imposé en 1815, l'empereur décide de soutenir le « principe des nationalités », c'est-à-dire le droit des peuples disposant d'une langue et d'une culture communes à s'unir au sein d'un même État. Cependant, cette politique extérieure audacieuse, mêlant habilement guerre et diplomatie, va mener à des résultats ambivalents : si elle permet d'agrandir le territoire français au sud, elle précipite également la chute du Second Empire face à une Allemagne unifiée.

La France et l'unité italienne : une alliance stratégique et ses bénéfices

Au milieu du XIXᵉ siècle, la péninsule italienne est morcelée en plusieurs États, dont une grande partie est sous la domination directe ou indirecte de l'Empire d'Autriche. Le royaume de Piémont-Sardaigne, dirigé par le roi Victor-Emmanuel II et son premier ministre Cavour, prend la tête du mouvement d'unification (Risorgimento).

Conscient que le Piémont ne peut vaincre la puissante Autriche seul, Cavour sollicite l'aide de Napoléon III. En 1858, lors de l'entrevue secrète de Plombières, la France et le Piémont concluent une alliance militaire. En échange de l'aide française pour chasser les Autrichiens du nord de l'Italie, la France doit recevoir le comté de Nice et le duché de Savoie.

La guerre éclate en 1859. Les forces franco-sarde remportent les batailles sanglantes de Magenta et de Solferino, forçant l'Autriche à céder la Lombardie. Inquiet de la tournure des événements et des pertes humaines, Napoléon III signe précipitamment un armistice, mais le processus d'unification italienne est désormais irrésistible.

En mars 1860, le traité de Turin officialise la cession de Nice et de la Savoie à la France par le royaume de Piémont-Sardaigne, en récompense de l'aide militaire fournie.

Des plébiscites sont organisés en avril 1860 à Nice et en Savoie pour légitimer le rattachement à la France, dans le contexte de la politique impériale fondée sur le principe des nationalités. Une écrasante majorité de Savoyards et de Niçois vote en faveur du rattachement à la France, scellant l'intégration durable de ces territoires au domaine national.

L'unité italienne se poursuit ensuite rapidement grâce aux expéditions de Garibaldi au sud. En 1861, le royaume d'Italie est proclamé. Néanmoins, les relations entre la France et la jeune Italie se tendent autour de la « question romaine ». Pour conserver le soutien des catholiques français, Napoléon III déploie des troupes à Rome afin de protéger le pape Pie IX et son territoire, retardant ainsi l'intégration de Rome comme capitale de l'Italie jusqu'en 1870.

La France face à l'unité allemande : du piégé diplomatique au désastre militaire

Pendant que l'Italie s'unit, les États allemands connaissent une mutation similaire sous la conduite du royaume de Prusse. Son chancelier, Otto von Bismarck, entend réaliser l'unité allemande « par le fer et par le sang », autour de la Prusse et à l'exclusion de l'Autriche.

Après avoir évincé l'Autriche en 1866 lors de la bataille de Sadowa, Bismarck cherche un ennemi commun pour unir les États allemands du Nord et du Sud autour de la Prusse. La France de Napoléon III, inquiète de l'émergence d'un géant démographique et militaire à sa frontière orientale, constitue la cible idéale.

En juillet 1870, Bismarck utilise la candidature d'un prince prussien au trône d'Espagne et manipule un dépêche diplomatique (la « dépêche d'Ems ») pour humilier la France et la pousser à la faute. Tombant dans le piège, la France déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870.

Le conflit tourne rapidement au désastre pour les armées françaises, mal préparées et inférieures en nombre. Le 2 septembre 1870, Napoléon III est fait prisonnier lors de la capitulation de Sedan. Dès le 4 septembre, la République est proclamée à Paris, marquant la fin du Second Empire.

La défaite française parachève l'unité allemande. Le 18 janvier 1871, dans un geste de provocation symbolique calculé, les princes allemands et Bismarck proclament la naissance de l'Empire allemand (le IIᵉ Reich) dans la Galerie des Glaces du château de Versailles, cœur historique de la monarchie française. William Iᵉʳ devient le premier empereur d'une Allemagne unifiée et puissante. Par le traité de Francfort signé en mai 1871, la France défaite est contrainte de céder l'Alsace et une partie de la Lorraine (Moselle), nourrissant un profond sentiment de revanche pour les décennies à venir.

Les personnages à connaître

  • Napoléon III : empereur des Français de 1852 à 1870, il cherche à renforcer la puissance française en Europe et intervient notamment dans l'unification italienne.
  • Cavour : président du Conseil du royaume de Piémont-Sardaigne, il joue un rôle essentiel dans l'unification italienne et obtient le soutien de Napoléon III contre l'Autriche.
  • Victor-Emmanuel II : roi du Piémont-Sardaigne puis premier roi de l'Italie unifiée en 1861.
  • Giuseppe Garibaldi : révolutionnaire et militaire italien, il contribue à l'unification de l'Italie grâce notamment à l'expédition des Mille.
  • Otto von Bismarck : chancelier de Prusse, il dirige la politique d'unification allemande autour de la Prusse.
  • Guillaume Ier : roi de Prusse, il devient en 1871 le premier empereur allemand.

En bref

En cherchant à reconfigurer la carte de l'Europe en faveur du droit des nationalités, la France du Second Empire a joué un rôle déterminant dans l'émergence de deux États-nations majeurs : L'Italie, dont elle a été l'accélérateur militaire et diplomatique, obtenant au passage Nice et la Savoie.
L'Allemagne, dont l'unification s'est accomplie contre la France lors de la guerre de 1870, entraînant l'effondrement de l'Empire de Napoléon III, la perte de l'Alsace-Moselle et l'installation définitive de la Troisième République.

Notions et définitions à connaître

  • Principe des nationalités : principe selon lequel les peuples doivent pouvoir constituer des États correspondant à leur identité nationale.
  • Nationalisme : mouvement ou sentiment qui affirme l'appartenance à une nation et défend ses intérêts, son unité et son indépendance.
  • Unification : processus par lequel plusieurs territoires ou États sont réunis au sein d'un même État.
  • Risorgimento : mouvement politique et culturel qui conduit à l'unification progressive de l'Italie au XIXe siècle.
  • Diplomatie : ensemble des relations et des négociations menées entre les États.
  • Plébiscite : consultation directe des électeurs destinée à approuver ou rejeter une décision politique.
  • Empire allemand : État allemand unifié sous la direction de la Prusse et proclamé en janvier 1871.
  • Dépêche d'Ems : télégramme relatant un échange entre le roi de Prusse Guillaume Ier et l'ambassadeur français. Bismarck en modifie la présentation afin d'exacerber les tensions franco-prussiennes.
  • Guerre franco-prussienne : conflit de 1870-1871 opposant la France à la Prusse et à ses alliés allemands, qui se termine par une lourde défaite française.