Le chômage est une question économique, sociale et politique majeure en France depuis les années 1970. Malgré les politiques mises en place, il reste durablement élevé. Les économistes distinguent généralement deux grandes formes de chômage : le chômage structurel, lié au fonctionnement du marché du travail, et le chômage conjoncturel, lié aux fluctuations de l’activité économique. Comprendre leurs causes permet d’identifier les politiques les plus efficaces pour lutter contre le chômage.
La synthèse d'Ondes lycéennes
Comment mesure-t-on le chômage ?
Le chômage désigne la situation d’une personne sans emploi qui recherche un travail. Mais selon les organismes, la définition varie, ce qui explique les écarts entre les statistiques.
Le chômage au sens du BIT / INSEE
Pour être considéré comme chômeur au sens du Bureau International du Travail (BIT), une personne doit :
- avoir plus de 15 ans ;
- ne pas avoir travaillé durant une semaine donnée ;
- être disponible rapidement pour travailler ;
- rechercher activement un emploi.
Cette définition est utilisée par l’INSEE pour calculer le taux de chômage officiel.
Exemple : Fin 2025, la France compte environ 2,5 millions de chômeurs au sens du BIT, soit un taux de chômage proche de 7,9 % de la population active.
Cette définition a toutefois ses limites car certaines personnes souhaitant travailler ne sont pas comptées :
- les personnes découragées qui ne recherchent plus activement un emploi ;
- les individus indisponibles immédiatement ;
- les travailleurs à temps partiel subi.
Les demandeurs d’emploi selon France Travail
France Travail (anciennement Pôle emploi) comptabilise les personnes inscrites comme demandeurs d’emploi.
- Catégorie A : sans emploi ;
- Catégorie B : activité réduite courte ;
- Catégorie C : activité réduite longue.
Cette mesure est plus large que celle du BIT.
Exemple : Fin 2025, on compte environ 5,7 millions de demandeurs d’emploi en catégories A, B et C.
Limites : les chiffres dépendent des règles administratives (modalités d’inscription, radiations, changements de catégories) et sont moins adaptés aux comparaisons internationales.
Les indicateurs essentiels
Le taux de chômage mesure la part des chômeurs dans la population active.
Le taux d’emploi mesure la part des personnes en emploi dans la population en âge de travailler. Cet indicateur est important, il complète le taux de chômage car une baisse du chômage peut simplement venir d’une sortie du marché du travail.
Le sous-emploi concerne les personnes qui travaillent moins qu’elles ne le souhaiteraient, notamment en temps partiel subi.
Le halo du chômage regroupe des personnes sans emploi qui souhaitent travailler mais qui ne sont pas considérées comme chômeurs par le BIT car elles ne recherchent pas activement un emploi ou ne sont pas immédiatement disponibles.
Quelles sont les causes du chômage ?
Les économistes distinguent deux grands types de chômage : le chômage structurel et le chômage conjoncturel.
Le chômage structurel
Le chômage structurel est lié aux difficultés durables du marché du travail. Il persiste même lorsque la croissance économique revient.
Les problèmes d’appariement : l’appariement correspond à la rencontre entre l’offre de travail des salariés et la demande de travail des entreprises. Or cette rencontre peut être difficile, notamment à cause de :
- l'inadéquation des qualifications ;
- le manque d’expérience ;
- les difficultés géographiques ;
- la mobilité insuffisante.
Certaines entreprises ont ainsi des emplois vacants alors que des personnes restent au chômage. Par exemple, une entreprise recherche un technicien qualifié dans une région précise, mais les candidats disponibles ne possèdent pas les compétences nécessaires ou vivent trop loin. Ces difficultés créent des frictions sur le marché du travail et expliquent une partie du chômage structurel.
Les asymétries d’information
Les asymétries d’information apparaissent lorsque l’employeur ne connaît pas parfaitement les compétences ou la motivation du salarié.
Deux risques existent
- la sélection adverse : avant l’embauche, le candidat peut cacher certaines faiblesses ;
- l’aléa moral : après l’embauche, le salarié peut fournir moins d’efforts que prévu.
Pour limiter ces risques, certaines entreprises versent un salaire d’efficience, c’est-à-dire un salaire supérieur au salaire d’équilibre.
Absence d'objectifs du salaire d’efficience
Le salaire d’efficience est un salaire versé par une entreprise à un niveau supérieur au salaire d’équilibre du marché du travail. L’idée est qu’un salarié plus élevé doit attirer les travailleurs les plus productifs, motiver les salariés, réduire le turnover ( rythme auquel les salariés quittent une entreprise et sont remplacés par de nouveaux employés). Mais ce salaire plus élevé augmente le coût du travail et peut réduire les embauches, ce qui contribue au chômage structurel.
Les effets des institutions
Les institutions désignent les règles qui encadrent le marché du travail, notamment le SMIC ou la protection de l’emploi.
Le salaire minimum (SMIC)
Le SMIC protège les salariés contre des rémunérations trop faibles. Ses effets sont positifs (hausse du pouvoir d’achat, réduction des inégalités, soutien à la consommation) mais il peut avoir aussi des effets négatifs sur l'emploi (augmentation du coût du travail, baisse des embauches peu qualifiées, perte de compétitivité).
La protection de l’emploi
Elle regroupe les règles sur l’embauche et le licenciement. Elle a donc des effets positifs (sécurité des salariés, encouragement à la formation, réduction de la précarité) mais elle a aussi ses contreparties.: hésitation des entreprises à embaucher, moindre flexibilité du marché du travail. Les économistes débattent donc des effets réels de ces institutions sur le chômage.
Le chômage conjoncturel
Le chômage conjoncturel dépend des fluctuations de l’activité économique. Quand la croissance ralentit, les entreprises produisent moins et embauchent moins. Certaines licencient même des salariés.
Exemple : la crise de 2008 : la crise financière entraîne une baisse de la consommation et des investissements. Les entreprises réduisent alors leur production, ce qui provoque une hausse du chômage.
L’analyse de Keynes : pour l’économiste John Maynard Keynes, le chômage peut venir d’une insuffisance de la demande globale. Lorsque les ménages consomment moins et que les entreprises investissent moins :
- la demande baisse ;
- la production diminue ;
- les entreprises embauchent moins ;
- le chômage augmente.
Les anticipations jouent donc un rôle essentiel : si les acteurs économiques perdent confiance, l’économie ralentit.
Comment lutter contre le chômage ?
Les politiques de lutte contre le chômage dépendent de son origine.
Les politiques contre le chômage conjoncturel
Pour lutter contre un ralentissement économique, l’État peut mener des politiques de relance inspirées de Keynes.
La politique budgétaire expansionniste : l’État augmente les dépenses publiques, les investissements publics, les aides aux ménages. Il peut aussi réduire les impôts. Ces mesures stimulent la consommation et l’investissement.
La politique monétaire expansionniste : la banque centrale baisse les taux d’intérêt. Cela facilite l’emprunt, l’investissement des entreprises, la consommation des ménages.
Effets attendus : Hausse de la demande globale → hausse de la production → hausse des emplois → baisse du chômage conjoncturel.
Exemple : pendant la crise du Covid-19, les États européens ont fortement soutenu l’économie par des aides publiques massives.
Les politiques contre le chômage structurel
Réduire le coût du travail
L’État peut diminuer les cotisations sociales patronales afin de rendre les embauches moins coûteuses. L'objectif est d'encourager les entreprises à recruter davantage, notamment les travailleurs peu qualifiés.
Flexibiliser le marché du travail
Les politiques de flexibilisation cherchent à rendre le marché du travail plus adaptable.
Exemples : facilitation des embauches et licenciements, développement des contrats courts, adaptation du temps de travail.
Limite : une flexibilité excessive peut accroître la précarité des salariés.
Développer la formation
La formation est un levier essentiel contre le chômage structurel. Elle permet :
- d’adapter les compétences aux besoins des entreprises ;
- de réduire les problèmes d’appariement ;
- d’améliorer l’employabilité.
Exemple : le développement de l’apprentissage ou des formations dans les métiers du numérique répond aux nouveaux besoins du marché du travail.
Conclusion
Le chômage est un phénomène complexe qui s’explique à la fois par les transformations du marché du travail et par les fluctuations de l’activité économique.
Le chômage structurel provient notamment des problèmes d’appariement, des asymétries d’information ou encore des rigidités institutionnelles. Le chômage conjoncturel, lui, apparaît surtout lors des crises économiques et des ralentissements de la croissance.
Pour lutter efficacement contre le chômage, les pouvoirs publics disposent donc de plusieurs outils : politiques de relance, baisse du coût du travail, flexibilisation du marché du travail ou encore développement de la formation. L’enjeu est de trouver un équilibre entre efficacité économique et protection sociale.
Quiz
La lutte contre le chômage ?
Corrigé :
- Réponse b) : Une situation où une personne sans emploi est disponible pour travailler et recherche activement un emploi.
- Réponse b) : John Maynard Keynes
- Réponse c) : Le chômage conjoncturel
- Réponse b) : Une politique de relance par l'augmentation des dépenses publiques
- Réponse b) : Baisser les taux d'intérêt
- Réponse b) : Un problème d'appariement entre l'offre et la demande de travail
- Réponse b) : Diminuer les cotisations sociales
- Réponse c) : Un salaire plus élevé pour motiver les salariés et attirer les meilleurs profils
- Réponse a) : Une politique de formation professionnelle
- Réponse a) : Une prudence accrue des entreprises lors des recrutements