Chrétien de Troyes : Le chevalier de la charrette

Publié le 20 juin 2026 à 11:50

Monument incontournable de la littérature médiévale, "Le Chevalier de la charrette "est un roman courtois écrit en vers octosyllabiques à la fin du XIIème siècle.
Rédigé à la demande Marie de Champagne, puis achevé par Godefroi de Lagny,  Le Chevalier de la Charrette raconte comment Lancelot accepte l’humiliation et affronte de nombreux dangers pour sauver la reine Guenièvre, par amour et par fidélité. Avec ce texte, Chrétien de Troyes invente le genre du roman en langue romane, l'ancêtre du français moderne. 

Lancelot monte dans la charrette d’infamie pour sauver la reine Guenièvre
(source : Bibliothèque nationale de France)


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La "fin'amor" ou l'amour courtois 

Chrétien de Troyes met en scène une religion de l'amour, codifiée mais ici transgressive et quasi-mystique.

L'amour que porte Lancelot à la reine, épouse du roi Arthur, est un "amour de loin", adultère et secret. Il suit les règles de la fin'amor ( l'amour pur » en occitan) que l'on l'appelle aussi "amour courtois" en référence à la courtoisie, un idéal de la vie de cour au Moyen Âge et un code de politesse et de galanterie. Il s'agit d'un art d'aimer complexe, dont les principales caractéristiques sont les suivantes

  • La dame est une suzeraine, le chevalier son vassal amoureux.
  • L'amant doit mériter sa dame par des épreuves et une obéissance totale.
  • L'amour est une source de prouesse, mais aussi de souffrance et de folie.

Parmi les épisodes les plus représentatifs  de cet amour de Lancelot pour la reine:

  • L'adoration des cheveux : Lancelot découvre un peigne de la reine avec des cheveux d'or. Il manque de s'évanouir et les adore "cent mille fois", les mettant contre son cœur "entre sa chemise et sa chair", comme des reliques sacrées. L'amour devient une religion dont Guenièvre est la divinité.

  • "Amour et Raison" : Lancelot est constamment déchiré entre son amour, qui lui ordonne l'abaissement absolu, et la Raison, qui lui conseille de préserver son honneur. À chaque fois, Amour triomphe.

  • La nuit où Lancelot rejoint Guenièvre dans sa chambre. Pour cela, il arrache les barreaux d'une fenêtre, se blessant les mains jusqu'au sang. Cet épisode est traité de manière hyperbolique et religieuse : c'est une descente aux enfers pour atteindre un paradis amoureux, une parodie de la Passion du Christ avec Lancelot qui, tel un martyr, verse son sang pour le salut de son amour. Le lendemain, les draps tachés de sang sont pris par Méléagant comme preuve de la présence d'un amant. Le sang du martyre amoureux devient la preuve visible de la transgression de la foi conjugale.

La prouesse chevaleresque au service de l'amour

L'amour n'est pas uniquement souffrance, il est aussi le moteur de la prouesse.

Un amour dynamique et performatif

Les exploits de Lancelot ne visent pas la gloire personnelle ou le service du roi, mais exclusivement le salut de la reine. Son amour est une force d'action qui le rend capable de surmonter des épreuves surhumaines, comme le Pont de l'Épée.

La lecture allégorique : le Chevalier, l'Amour et la Raison

Le roman peut se lire comme un conflit intérieur mis en scène. Des allégories apparaissent (Amour, Raison, Pitié, Largesse) et les combats sont des psychomachies. Par exemple, le duel contre Méléagant n'est pas qu'un combat physique. Méléagant, fils du roi de Gorre, représente les forces de la mort, de l'enfermement et de la coutume archaïque. C'est le ravisseur, l'anti-courtois par excellence. Lancelot, libérateur et amant parfait, incarne la civilisation qui triomphe de la barbarie.

À retenir pour le bac :
Dans Le Chevalier de la Charrette, Chrétien de Troyes raconte comment Lancelot, par amour pour Guenièvre, accepte l’humiliation, la souffrance et le danger, devenant ainsi le modèle du chevalier courtois dont l’amour est plus fort que l’honneur.

 Le Chevalier de la Charrette résumé 

Ce roman de chevalerie du XIIᵉ siècle raconte les aventures de Lancelot, l’un des chevaliers du roi Arthur.

Le jour de l’Ascension, un chevalier cruel, Méléagant, le fils du roi de Gorre Baudemagu, vient défier le roi Arthur à Camelot : il exige qu’on lui livre la reine en échange des sujets d’Arthur qu’il retient en captivité dans son royaume ! En l’absence de Lancelot, que toute la cour croit mort, c’est le sénéchal Keu qui relève le défi de défendre la reine, mais il est vaincu.

Un chevalier inconnu arrive à temps pour combattre à son tour. Mais son cheval est tué par la troupe des ravisseurs, qui s’enfuient emportant Guenièvre. Alors qu’il tente de les suivre à pied, il croise une charrette conduite par un nain. Celui-ci propose au chevalier de monter avec lui, pour le conduire auprès de la reine. Cet épisode est le cœur symbolique du roman. En effet, au Moyen Âge, la charrette sert à exhiber les criminels sur la place publique. Monter dans cette charrette, c'est perdre son honneur et sa dignité.  

Le chevalier hésite "deux pas" mais finit par monter dans cette charrette de l'infamie pour aller au secours de celle qu'il aime. 

Ce chevalier misérable auquel on jette de la boue.  s'élance alors dans une quête acharnée, jalonnée d'épreuves extraordinaires, de pièges mortels et de combats féroces. Au-delà des exploits physiques, cette traversée héroïque devient surtout le miroir d'une initiation spirituelle, révélant la puissance absolue de l'amour courtois qui unit le chevalier à sa reine.

 L'identité du chevalier n'est révélée qu'au milieu du roman, lorsque la reine accepte de lui pardonner. Ce n'est qu'à ce moment que "le chevalier de la charrette" redevient Lancelot.

L’œuvre met en avant deux thèmes majeurs :

  • l’idéal chevaleresque (courage, loyauté, exploits) 
  • l’amour courtois, puisque Lancelot place son amour pour Guenièvre au-dessus de sa propre réputation.