Des facteurs multiples qui structurent et hiérarchisent l’espace social
Les facteurs de différenciation sociale
L’espace social (concept clé de Pierre Bourdieu) désigne la métaphore utilisée par les sociologues pour décrire la société comme un ensemble de positions distinctes, caractérisé par des proximités et des distances entre les individus et les groupes. Cet espace est profondément hiérarchisé par des critères qui génèrent des avantages ou des désavantages (inégalités).
On distingue trois grandes catégories de facteurs de structuration :
- Facteurs socio-économiques : La Profession et Catégorie Socioprofessionnelle (PCS), le revenu, et le diplôme.
- Facteurs biologiques : Le sexe (genre) et la position dans le cycle de vie (ex: jeunesse, vieillesse).
- Facteurs démographiques et sociaux : La composition du ménage et le lieu de résidence.
Des facteurs interconnectés : illustrations empiriques
Ces facteurs ne s'additionnent pas seulement, ils s'articulent et se renforcent mutuellement.
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Illustration 1 : Le lycée en France. Le choix des spécialités du baccalauréat reflète des inégalités sociales et de genre. Les doublettes scientifiques (les plus sélectives et valorisées) sont surreprésentées chez les garçons et les élèves de milieux favorisés. Les filières littéraires et artistiques sont plus souvent choisies par les filles et les élèves de milieux moins favorisés.
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Illustration 2 : Les jeunes ruraux en précarité (Clément Reversé). Pour ces jeunes dits "décrocheurs scolaires", le lieu de résidence (isolement rural) se combine à l'absence de diplôme (facteur socio-économique) et à leur âge (position dans le cycle de vie). Cela crée une situation de domination extrême, caractérisée par la précarité de l'emploi, la stigmatisation ("cassos") et le déclassement social.
Les évolutions de la structure sociale depuis la seconde moitié du XXe siècle
La structure sociale française est dynamique et s'est transformée autour de 4 grandes tendances historiques
Le processus de salarisation
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Définition : Augmentation de la part des emplois salariés (personnes liées par un contrat de travail en échange d'un salaire) au détriment des emplois indépendants.
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Données : En France, la part des salariés est passée de 71 % en 1962 à 89 % en 2017.
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Facteurs : Porté par l'essor de l'État-providence, des syndicats et des conventions collectives, le statut de salarié est devenu synonyme de sécurité économique et de protection sociale (santé, retraite, chômage).
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Nuance récente : Depuis 2007, on note un léger rebond de l'emploi indépendant (12 % en 2019) lié au statut d'autoentrepreneur et à l'économie des plateformes (ubérisation).
Le processus de tertiarisation
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Définition : Augmentation de la part du secteur tertiaire (les services) dans le total des emplois, au détriment des secteurs primaire (agriculture) et secondaire (industrie/BTP).
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Données : Aujourd’hui, le secteur tertiaire concentre environ 75 % de la population active française.
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Facteurs : S'explique par de forts gains de productivité dans l'agriculture et l'industrie (progrès technique qui détruit les emplois) combinés à une hausse de la demande de services (santé, loisirs, éducation) liée à l'élévation du niveau de vie.
L’élévation du niveau de qualification
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Définition : Augmentation des qualités et capacités humaines requises pour un emploi, validées par l'obtention de diplômes.
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Données : Forte explosion du nombre de diplômés du supérieur depuis 1985.
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Conséquences : Le marché du travail subit une polarisation. Pour les diplômés, le CDD est un tremplin vers l'insertion ; pour les non-diplômés, il est un piège synonyme d'instabilité et de chômage de masse.
La féminisation des emplois
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Définition : Augmentation de la part des femmes au sein de la population active.
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Facteurs : Évolutions législatives majeures au XXe siècle (droit de travailler sans l'accord du conjoint en 1965, égalité professionnelle en 1983) et accès généralisé des femmes aux diplômes du supérieur.
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Limites persistantes : L'égalité réelle se heurte encore aux stéréotypes de genre. On constate une forte ségrégation des métiers (métiers du soin ou "care" fortement féminisés) et les femmes représentent toujours les 3/4 des salariés à temps partiel.
La structure sociale est-elle traversée par l’existence de classes sociales ?
Les approches traditionnelles de la stratification sociale
Le débat actuel : la pertinence du concept de classe sociale
La sociologie contemporaine balance entre deux diagnostics concernant la société française actuelle :
Les arguments en faveur du déclin des classes (La Moyennisation)
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La Moyennisation (perte d'identité subjective) : Réduction des distances culturelles et économiques entre les groupes, favorisant la création d'une vaste "classe moyenne" (théorie d'Henri Mendras).
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La réduction des distances inter-classes : Les écarts de niveaux de vie et de styles de vie entre ouvriers et cadres se sont réduits tout au long du XXe siècle.
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Le processus d'individualisation : Les individus construisent leur identité de manière autonome et singulière, sans se définir prioritairement par leur appartenance de classe.
Les arguments en faveur du retour des classes (La Polarisation)
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La persistance des distances inter-classes : Le creusement récent des inégalités économiques (patrimoine, revenus) et sociales maintient des barrières étanches entre le haut et le bas de l'espace social.
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La hausse des distances intra-classes : À l'intérieur même d'une classe (comme celle des employés ou des ouvriers), la précarité fragmente le groupe et détruit l'homogénéité.
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L’articulation avec les rapports de genre : Les classes sociales prennent un nouveau visage lorsque l'on croise la domination économique avec la domination de genre (ex: la figure du travailleur précaire contemporain est massivement incarnée par des femmes à temps partiel ou des mères isolées).