Longtemps perçus comme des espaces lointains et inaccessibles, les océans et l’espace sont aujourd’hui au cœur de nouvelles ambitions humaines. Espaces d’exploration scientifique, de rivalités de puissance et de ressources potentielles, ils constituent de véritables frontières à repousser grâce aux progrès technologiques. Mais leur conquête soulève aussi des enjeux majeurs de protection, de coopération et de responsabilité, faisant des océans et de l’espace des territoires clés pour comprendre les défis du monde contemporain.
À première vue, tout semble opposer les océans et l’espace. Les premiers recouvrent 71 % de la surface de la Terre, enveloppant notre planète d’un vaste manteau liquide, tandis que le second commence à un peu plus de 100 kilomètres d’altitude, au-delà de la ligne de Kármán, dans une immensité presque impossible à se représenter. Pourtant, ces deux milieux ont beaucoup en commun. Tous deux constituent des espaces extrêmes, longtemps méconnus, difficiles d’accès, et aujourd’hui au cœur de nouvelles ambitions scientifiques, économiques, stratégiques et environnementales.
Dans le programme de HGGSP, océans et espace sont étudiés comme de nouveaux espaces de conquête, non pas au sens d’une colonisation classique, mais comme des frontières, c’est-à-dire des limites que l’humanité cherche à repousser grâce à l’innovation technologique. Ils interrogent notre rapport à la connaissance, au progrès et à la responsabilité.
Le bras robotisé " Canadarm 2" au dessus du canal de Mozambique (photo : Nasa)
Des espaces immenses, difficiles à maîtriser
Les océans forment un système global unique : Pacifique, Atlantique, Indien, Arctique et Antarctique sont interconnectés et structurent les équilibres climatiques, biologiques et économiques de la planète. Pourtant, malgré leur proximité apparente, ils restent très largement inconnus. Aujourd’hui encore, seuls 10 à 20 % des fonds océaniques ont été cartographiés avec précision, et près de 80 % des espèces marines seraient encore inconnues.
L’espace, quant à lui, confronte l’humanité à des échelles vertigineuses. Une année-lumière correspond à près de 9,4 milliards de kilomètres, soit la distance parcourue par la lumière en une année. À cette immensité s’ajoutent des contraintes physiques majeures : absence de gravité, températures extrêmes, rayonnements, isolement et distances considérables. Dans les deux cas, océans et espace se situent en marge de l’oekoumène, l’espace habité par les êtres humains.
Coraux des fonds marins près des îles Aléoutiennes
(Photo : Amanda Demopoulos, NOAA /Woods Hole Oceanographic Institution)
A ce jour la taille de l'Univers "observable" s'étend sur 93 milliards d'années-lumière... L'Univers est-il fin opi infini? La question reste ouverte.
Une connaissance ancienne, mais longtemps incomplète
Les océans : de la surface aux abysses
La connaissance des océans est ancienne, mais longtemps restée superficielle. Les Romains parlaient de la Méditerranée comme de mare nostrum, reflet d’un monde centré sur un espace maritime maîtrisé. La cartographie antique, notamment celle de Ptolémée, demeure une référence jusqu’au XVe siècle.
Les grandes découvertes maritimes marquent un tournant. Christophe Colomb en 1492, Vasco de Gama en 1498 ou encore l’expédition de Magellan en 1520 ouvrent de nouvelles routes, même si la navigation reste essentiellement côtière. Du XVIIIe au XIXe siècle, les progrès techniques — passage de la voile à la vapeur — et l’essor d’une démarche scientifique favorisent une meilleure connaissance des océans.
Au XXe siècle, l’océanographie moderne se développe. L’utilisation des satellites, de l’informatique et des stations d’observation permet de cartographier courants, marées et fonds marins. Pourtant, les abysses restent la dernière grande frontière océanique. Situés entre 4 000 et 6 000 mètres de profondeur, et jusqu’à 10 000 mètres pour les fosses océaniques, ils sont soumis à une pression extrême.
Un chiffre est révélateur : seulement quatre hommes sont descendus à plus de 10 000 mètres sous la mer, alors que douze ont marché sur la Lune. La fosse des Mariannes, découverte en 1951 grâce au sonar, atteint environ 11 000 mètres de profondeur. En 1960, un Américain et un Italien y parviennent à bord d’un bathyscaphe, un exploit jamais dépassé depuis.
Ces profondeurs abritent pourtant des ressources convoitées, comme les nodules polymétalliques, riches en manganèse, nickel, cobalt ou cuivre, posant la question de leur exploitation.
L’espace : une conquête tardive mais rapide
La connaissance de l’espace repose sur une tradition scientifique très ancienne. Dès l’Antiquité, les Grecs fondent l’astronomie comme discipline scientifique. Aristarque de Samos, au IIIe siècle avant J.-C., avance déjà l’idée que la Terre tourne autour du Soleil, anticipant les théories de Copernic.
Parallèlement, les astronomes chinois dressent des cartes du ciel et observent avec précision le mouvement des planètes. Toutefois, en Occident, le Moyen Âge marque un recul, dominé par le géocentrisme soutenu par l’Église.
La rupture intervient au XVIe siècle avec Copernic, puis au XVIIe siècle avec l’invention du télescope. Mais c’est surtout après la Seconde Guerre mondiale que la connaissance spatiale s’accélère brutalement. Les fusées V2 allemandes deviennent les ancêtres des lanceurs spatiaux.
Dans le contexte de la guerre froide, l’espace devient un enjeu stratégique majeur. L’URSS prend d’abord l’avantage : Spoutnik en 1957, Laïka la même année, puis Youri Gagarine en 1961. Les États-Unis répliquent avec le premier pas sur la Lune en 1969. Depuis 1998, la Station spatiale internationale (ISS) incarne une coopération internationale durable.
Youri Gagarine