Le Moyen-Orient (incluant le Proche-Orient) s'étend de l’Égypte à l’Afghanistan, de la Turquie au Yémen. C'est une région marquée par des tensions ethniques, religieuses et géopolitiques, où la fragmentation des conflits illustre la fragilité de la paix. Carrefour entre Europe, Afrique et Asie, elle est d'autant plus stratégique qu'elle concentre près de la moitié des réserves mondiales d'hydrocarbures.

Gueldre, capitale du Duché de Gueldre, bombardé par les troupes du roi de Prusse en 1703

Une région complexe et instable 

Une mosaïque ethnique et religieuse

  • Trois grands peuples dominent : Arabes (plus de 250 millions), Perses (Iran, ~85 millions) et Turcs (~85 millions).

  • De nombreuses minorités : Kurdes (~40 millions, sans État, répartis entre Turquie, Syrie, Irak, Iran), Druzes, Alaouites, Chrétiens maronites (Liban), Coptes (Égypte), Juifs (Israël).

  • Le berceau des trois grands monothéismes : Judaïsme, christianisme, islam, avec des lieux saints majeurs et disputés (La Mecque, Médine, Jérusalem).

Des clivages religieux et géopolitiques

  • Sunnites majoritaires (de la Turquie au Golfe, Égypte, Arabie saoudite).

  • Chiites concentrés principalement en Iran, en Irak, à Bahreïn, et fortement représentés au Liban (Hezbollah) et au Yémen (Hout his).

  • Ces divisions alimentent la rivalité de puissance pour le leadership régional, opposant l'Arabie saoudite (sunnite) à l'Iran (chiite).

L’héritage colonial et la convoitise internationale

  • Accords Sykes-Picot (1916) : Après la chute de l’Empire ottoman (1918), la région est divisée en mandats français (Syrie, Liban) et britanniques (Irak, Palestine, Jordanie). Ces frontières artificielles ont semé des discordes durables.

  • Positions géosstratégiques majeures : Des points de passage vitaux pour le commerce mondial et l'énergie (détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, canal de Suez).

Des origines à la tentative de paix d'Oslo (1897-1993)

  • Sionisme & Déclaration Balfour (1917) : Émergence du projet d'un État juif en Palestine, soutenu par le Royaume-Uni, créant des promesses contradictoires avec les populations arabes locales.

  • 1947-1948 : Plan de partage de l'ONU, création d'Israël et première guerre israélo-arabe. Victoire d'Israël et exode des Palestiniens (Nakba).

  • 1967-1973 : Guerres des Six Jours (occupation de Gaza, Cisjordanie, Jérusalem-Est, Golan) et du Kippour. Début de la diplomatie bilatérale avec les accords de Camp David (1978) (paix israélo-égyptienne).

  • 1993 : Les Accords d'Oslo. Reconnaissance mutuelle entre l'OLP de Yasser Arafat et Israël (Yitzhak Rabin). Le processus vers une solution à deux États échoue en raison de la colonisation, des attentats et de la montée des extrémismes.

Le tournant du 7 octobre 2023 et la guerre régionale (2023-2026)

L'attaque terroriste sans précédent du Hamas le 7 octobre 2023 et la riposte militaire massive d'Israël à Gaza ont brisé le statu quo et provoqué une escalade régionale par cercles concentriques.

  • Gaza et Cisjordanie : Crise humanitaire majeure à Gaza, destruction des infrastructures du Hamas, et recrudescence des tensions en Cisjordanie.

  • Le Liban en première ligne : Affrontement direct entre Israël et le Hezbollah chiite libanais, entraînant des vagues de bombardements et des incursions terrestres au Sud-Liban.

L'affrontement Israël/États-Unis contre l'Iran 

Les dynamiques régionales ne se limitent plus à des guerres par procuration (proxy wars). On assiste désormais à un conflit direct de haute intensité impliquant l'Iran, Israël et son allié américain.

  • L'escalade des frappes directes : Initiée par l'attaque du consulat iranien à Damas en avril 2024, la confrontation a basculé. L'Iran et Israël s'affrontent désormais par des salves massives de missiles balistiques, de drones et de frappes aériennes ciblant directement leurs territoires respectifs.

  • L'engagement des États-Unis : Washington apporte un soutien militaire, technologique et défensif inconditionnel à Israël. Les forces américaines interviennent directement pour intercepter les attaques iraniennes et sécuriser les voies maritimes (notamment en mer Rouge contre les rebelles Houthi du Yémen, alliés de Téhéran).

  • Les objectifs stratégiques : Pour l'axe Israël/USA, l'enjeu est de neutraliser le programme nucléaire iranien, de démanteler le "Axe de la Résistance" (Hamas, Hezbollah, Houthis) et d'endiguer l'influence de Téhéran au Moyen-Orient. Pour l'Iran, il s'agit d'une guerre de survie du régime face à une stratégie d'asphyxie économique et militaire.

L'échec des verrous de sécurité et l'impasse de la paix

L'effondrement de la "Pax Americana"

L'illusion d'un ordre stable imposé par les États-Unis (qui avait débuté avec la libération du Koweït en 1991 avant de sombrer dans le chaos de la guerre d'Irak en 2003) a définitivement laissé la place à un monde multipolaire.

  • L'impuissance de l'ONU : Le Conseil de sécurité est paralysé par les veto réciproques des grandes puissances (États-Unis d'un côté, Chine et Russie de l'autre).

  • L'échec des Accords d'Abraham : Les tentatives américaines de normaliser les relations entre Israël et les monarchies sunnites du Golfe sans régler la question palestinienne ont montré leurs limites face à l'embrasement régional.

Un basculement géopolitique majeur

Le Moyen-Orient demeure une poudrière où les facteurs historiques (découpage colonial, question palestinienne) rencontrent les mutations technologiques de la guerre moderne (drones, cyberguerre). L'affrontement ouvert entre le bloc occidental/israélien et l'Iran chiite redessine durablement les alliances, impliquant de nouveaux acteurs comme la Chine (médiatrice économique) et la Russie (alliée militaire de Téhéran), éloignant chaque jour un peu plus la perspective d'une architecture de paix globale.


Pour mémoire :
chronologie Moyen-Orient et Proche-Orient