Au XXIᵉ siècle, les conflits prennent des formes multiples : guerres interétatiques, guerres civiles, conflits asymétriques, terrorisme, cyberattaques, affrontements hybrides mêlant armées régulières, milices, mercenaires et acteurs privés. La frontière entre guerre intérieure et guerre internationale devient souvent floue.

Le Proche et le Moyen-Orient : cœur de la conflictualité mondiale

Le Proche et le Moyen-Orient demeurent l’épicentre des tensions internationales. Syrie, Irak, Yémen, Liban, Gaza, Iran ou Afghanistan concentrent depuis plusieurs décennies des conflits mêlant rivalités géopolitiques, fractures religieuses, contrôle des ressources énergétiques et interventions étrangères.

Iran-Irak : huit ans de guerre totale (1980-1988)

e 1980 à 1988, l’Irak de Saddam Hussein affronte l’Iran révolutionnaire de l’ayatollah Khomeiny dans l’un des conflits les plus meurtriers du XXᵉ siècle. L’Irak espère profiter de l’affaiblissement iranien après la révolution islamique de 1979 pour s’imposer comme puissance dominante du Golfe.

Le conflit se transforme rapidement en guerre d’usure : tranchées, bombardements massifs, attaques de pétroliers dans le Golfe persique et utilisation d’armes chimiques par l’Irak. Les Pasdaran iraniens lancent des offensives humaines extrêmement coûteuses.

Après près d’un million de morts et huit années de destructions, l’ONU impose un cessez-le-feu en 1988. Aucun des deux camps ne sort véritablement vainqueur.

La guerre du Golfe (1990-1991) : la démonstration de puissance américaine

Quand les forces en présence sont inégales, par exemple des armées conventionnelles et régulières d’un état contre des rebelles, qui pratiquent la guérilla, c’est-à-dire des attentats, des embuscades ou des attaques surprises, on parle de guerre asymétrique.
Par exemple les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) crées en 1964 ont été le plus grand groupe guérillero d’Amérique latine, responsable de décennies de violence jusqu’à leur démobilisation en 2016 après un compromis de paix conclu avec l’État

Un autre exemple de guerre asymétrique  est celle d’Afghanistan, commencée en 2001 et finalement gagné par les Talibans en 2021 contre une coalition internationale menée par les États-Unis
Certaines guerres asymétriques, comme celles du Vietnam ou de l’Algérie où des peuples dominés luttent pour leur indépendance sont nommées guerres de libération nationale. Il est difficile pour l’État de gagner ce genre de guerre si les rebelles sont soutenus par la population.
Certaines guerre d’indépendance sont aussi des guerres révolutionnaire dans la mesure où elles visent aussi à renverser un régime politique et instaurer un nouvel ordre,  Ce fut le cas de la guerre d’indépendance des États-Unis.
Une guerre irrégulière  est un conflit armé  sans distinction entre  combattants et non combattants ni terrain  d’affrontement circonscrit. Ce type de guerre n'obéit plus aux lois de la guerre conventionnelle.

Quand des puissances extérieures soutiennent des camps opposés sans s’affronter directement mais en fournissant armes et appuis logistiques, on parle de guerre par procuration.
Par exemple au début du conflit syrien : la Russie et l’Iran soutiennent Bachar al-Assad alors que les États-Unis et l’Arabie Saoudite soutiennent les rebelles.
Au Yemen, l’Iran (chiite) soutient les Houthis qui représente une branche de l’islam chiite et qui contrôlent le nord et l’ouest du pays dont la capitale Sanaa) alors que l’Arabie Saoudite (sunnite) soutient le gouvernement reconnu internationalement qui s’est replié sur Aden au sud.
On parle aussi de proxy pour désigner ces groupes soutenus par une puissance extérieure.

Quand le conflit est motivé par des croyances politiques ou religieuses, on utilise le qualificatif de Guerre idéologique ou religieuse. Elles se caractérisent par leur propagande, le recrutement international, le terrorisme. Par exemple la guerre du « Califat » de Daech, à cheval sur la Syrie et l’Irak contre la coalition internationale mise en place pour lutter contre le terrorisme, entre 2014 et 2017.

La Syrie : exemple d’un conflit internationalisé

En 2011, dans le contexte du Printemps arabe, des manifestations contre le régime de Bachar al-Assad dégénèrent en guerre civile après une répression violente. Rapidement, le conflit s’internationalise : l’Iran, le Hezbollah et la Russie soutiennent le régime syrien, tandis que la Turquie, certaines monarchies du Golfe et les États-Unis appuient différents groupes rebelles ou combattent Daech.

Pendant plus de dix ans, la Syrie devient un champ de bataille géopolitique mêlant guerre civile, terrorisme et rivalités de puissances.

Un tournant majeur intervient fin 2024 avec la chute de Bachar al-Assad, mettant fin à plus de cinquante ans de domination de la famille Assad. Mohammed al-Bachir dirige alors un gouvernement provisoire jusqu’au 29 mars 2025.

Depuis 2025, Ahmed al-Charaa assure la présidence de transition dans un pays toujours fragmenté : zones kurdes autonomes, influence turque au nord et présence persistante de groupes armés.

Le conflit syrien a provoqué des centaines de milliers de morts, des millions de réfugiés et l’effondrement économique du pays. Il illustre la manière dont une crise intérieure peut devenir une guerre internationalisée aux conséquences mondiales.

Le Sahel : l’épicentre de l’instabilité africaine

Depuis 2013, le Sahel est devenu l’un des principaux foyers de violence du monde. Mali, Burkina Faso et Niger sont confrontés à une multiplication des groupes djihadistes liés à Al-Qaïda ou à l’État islamique.

Cette crise s’explique par plusieurs facteurs :

  • faiblesse des États ;
  • pauvreté et corruption ;
  • trafics d’armes et de drogues ;
  • tensions ethniques et conflits autour des ressources ;
  • conséquences de la chute du régime libyen de Kadhafi en 2011.

De nombreux acteurs interviennent :

  • armées locales ;
  • groupes djihadistes ;
  • milices communautaires ;
  • puissances étrangères comme la France, la Russie ou la Turquie.

Les conséquences humaines sont dramatiques : millions de déplacés, crise alimentaire, fermeture d’écoles et effondrement des services publics.

Le Sahel illustre les nouvelles formes de conflictualité hybride mêlant terrorisme, criminalité organisée et rivalités géopolitiques

Le Sahel, la lisière sud du Sahara. La photo représente des djihadistes à Tombouctou (Mali)

Le résumé audio

Liban, 2006
(Source : IDF via Wikipedia - CC BY-SA 3.0)

L’Ukraine : le retour de la guerre de haute intensité en Europe

L’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 marque un tournant historique majeur. Pour la première fois depuis des décennies, une guerre conventionnelle de grande ampleur revient sur le sol européen.

Le conflit oppose :

  • la Russie, puissance nucléaire dotée d’une armée massive ;
  • l’Ukraine, soutenue financièrement et militairement par les États-Unis et plusieurs pays européens.

Cette guerre combine :

  • combats mécanisés ;
  • guerre d’artillerie ;
  • drones ;
  • guerre électronique ;
  • cyberattaques ;
  • bataille de l’information.

Elle provoque des centaines de milliers de victimes et bouleverse les équilibres géopolitiques mondiaux : crise énergétique, hausse des dépenses militaires, élargissement de l’OTAN et retour de la logique des blocs.

Israël/États-Unis vs Iran 

Depuis les années 2000, les tensions entre Israël et l’Iran structurent une grande partie des crises du Moyen-Orient. Israël considère le programme nucléaire iranien et l’influence régionale de Téhéran comme une menace stratégique majeure. L’Iran, de son côté, soutient plusieurs mouvements hostiles à Israël, notamment le Hezbollah libanais, certains groupes armés irakiens ou les Houthis au Yémen.

Après les attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza, la confrontation régionale s’est intensifiée :

  • multiplication des frappes israéliennes contre des positions iraniennes ou pro-iraniennes en Syrie ;
  • attaques des Houthis en mer Rouge ;
  • affrontements à la frontière israélo-libanaise avec le Hezbollah ;
  • tensions croissantes autour du programme nucléaire iranien.

En 2024 puis 2025, le conflit franchit un nouveau seuil avec des échanges directs de frappes entre Israël et l’Iran. Israël mène des opérations ciblées contre des infrastructures militaires iraniennes et contre des responsables liés aux Gardiens de la révolution. Les États-Unis apportent un soutien militaire, logistique et diplomatique à leur allié israélien, notamment par la défense antimissile et le déploiement de forces navales dans la région.

L’Iran réplique par des tirs de drones et de missiles, mais aussi par l’action de ses alliés régionaux. Cette confrontation illustre une évolution majeure des conflits contemporains : la combinaison d’une guerre conventionnelle limitée, d’une guerre par procuration et d’une guerre technologique utilisant drones, cyberattaques et missiles longue portée.

Le risque principal est désormais celui d’un embrasement régional généralisé impliquant le Liban, la Syrie, l’Irak, le Golfe persique et les grandes puissances mondiales.

La guerre des cartels au Mexique

militaires mexicains affrontant un gang de la drogue

L’Amérique latine connaît elle aussi des formes de violence d’intensité quasi guerrière. Le Mexique illustre ce phénomène avec la guerre des cartels, engagée depuis le milieu des années 2000.

Ce conflit est de type intraétatique, car il oppose l’État mexicain – son armée, sa police fédérale et ses forces spéciales – à des acteurs armés non étatiques, les cartels de la drogue. Ces organisations criminelles, telles que le cartel de Sinaloa ou le cartel Jalisco Nueva Generación, disposent d’armes lourdes, de réseaux transnationaux et d’un contrôle territorial étendu.

Dans certaines régions, notamment au Chiapas, les cartels s’affrontent entre eux mais aussi contre l’État, dans une logique qui mêle guérilla urbaine, trafics transfrontaliers et intimidation des populations. Les violences se traduisent par des milliers de morts chaque année, des déplacements internes et une militarisation croissante de la vie quotidienne.

La situation actuelle reste extrêmement tendue : malgré une présence massive de l’armée et une stratégie de lutte contre le narcotrafic, l’État mexicain peine à reprendre le contrôle de certaines zones, ce qui rapproche cette situation d’un conflit asymétrique prolongé

À l’ère de la mondialisation… aucun territoire n’est totalement à l’abri d’un embrasement.